La terre qu’il a quittée

C’est à cinq heures de route de Guangzhou (Canton), près de Jieyang, qu’est situé le village natal de mon grand-père. Je l’ai accompagné en octobre 2008 pour ce qui a été son sixième séjour au pays depuis qu’il l’a quitté à l’âge de dix-sept ans.
À mon retour d’un énième voyage au Japon, il m’avait dit : « Tu devrais aller en Chine la prochaine fois. Je t’emmène si tu veux. » Je lui ai répondu : « D’accord, à condition qu’on aille dans ton village et pas ailleurs. Beijing ou Shanghai ne m’intéressent pas vraiment. » Je tenais à visiter un lieu en Chine avec lequel je pouvais avoir un lien à travers mon grand-père, quand bien même il serait lointain et ténu. Visiter le « bled » où il est né, où il a grandi et où se trouve encore une grande partie de sa famille me tenait à cœur.
J’ai ainsi fait la connaissance de cousin(e)s, oncles, tantes, grands oncles, grandes tantes. Les rencontrer et passer quelque temps auprès d’eux me donnaient l’impression étrange de découvrir une partie de moi-même à l’autre bout de la terre. J’ai pris conscience de tous ces liens qui, malgré les années, les évènements et l’éloignement géographique, unissent encore mon grand-père et sa famille restée là-bas, autant d’attaches invisibles qui tout à la fois nous dépassent et sont pourtant tellement concrètes.